Santiago de Cuba

Dès notre arrivée à Santiago, nous nous sommes arrêtés dans une banque pour faire du change et régler nos dettes envers Alexei. Il nous a ensuite conduit à une casa tenue par une amie (décidément, cet homme a des amis dans tout Cuba !).

Après son départ, nous sommes partis à la découverte de la ville. Pour cela, nous avons suivi le parcours que proposait le Lonely Planet, passant par le Parque Cespedes, la Plaza Marte, la calle Heredia et bien d’autres endroits intéressants, sans oublier les célèbres escaliers centenaires de la rue Padre Pico qui m’ont douloureusement rappelé les séquelles laissées par la descente du Pico Turquino.


Au détour d’une petite rue, nous sommes tombés sur un groupe de musiciens. Entre deux morceaux, l’un d’entre eux m’a fait signe de lui confier le guide Lonely Planet que je tenais à la main. Pas peu fier, il nous a montré que sa photo était dedans. Il y a certes quelques années qui se sont écoulées mais c’était bien le même !


Les 38°C ambiant étant difficiles à supporter, nous avons fait une pause dans l’un des parcs présent sur notre parcours.

Comme à Camagüey, un homme assis sur un banc nous a interpellés. Il était de visite dans la ville pour voir sa mère malade. Étant professeur d’anglais, nous n’avons pas eu trop de difficultés à communiquer avec lui. Assez rapidement, nous en sommes venus à parler de la situation économique et politique de Cuba. D’après lui, il valait mieux éviter d’aborder ces sujets dehors, par crainte d’être écoutés par des policiers en civil ou filmés par des caméras de surveillance. Nous sommes donc allés boire un verre dans le café de son choix pour parler plus tranquillement. Nous avons passé plus d’une heure avec lui et avons ainsi pu mieux comprendre ce qu’était réellement Cuba, ce qui fera l’objet d’un futur article. Au cours de notre discussion, nous avons appris qu’il n’avait plus un sou en poche car sa paye avait du retard et que ce jour, son fils fêtait ses 9 ans. Alors lorsqu’il nous a demandé si nous pouvions “l’aider”, nous lui avons proposé de l’accompagner dans un magasin afin qu’il achète ce dont il avait besoin. Une fois dans les rayons, il a jeté son dévolu sur une bouteille d’huile, et c’est tout. Nous l’avons poussé à prendre plus. Alors il nous a demandé s’il pouvait prendre du poulet pour ses enfants. Et nous avons rajouté deux paquets de pâtes pour compléter le dîner. Juste avant la sortie du magasin, il y avait des jouets. Nous n’avons pu nous empêcher de le convaincre de prendre un petit cadeau pour son fils. Il a accepté, les larmes aux yeux.
Après son départ, nous sommes rentrés à la casa sous une pluie torrentielle. Les rues de Santiago, habituellement envahies par de bruyantes motos étaient étrangement calmes. Nous sommes arrivés trempés jusqu’aux os.

Le soir, nous avons dîné dans un restaurant de poissons qui, normalement, n’acceptait que la monnaie nationale. Ils ont tout de même bien voulu que nous payons en pesos convertibles (CUC) mais régler l’addition s’est avéré quelque peu compliqué… Il suffit pourtant de diviser par 25 (1CUC = 25 pesos), ce que nous avons fait. Mais au moment d’encaisser, la serveuse s’est mise à nous hurler dessus, expliquant que la somme indiquée sur la note était en pesos et pas en CUC. Allez savoir pourquoi les cubains communiquent souvent en criant… Elle est allée chercher sa calculatrice et elle a multiplié la somme par 25. En voyant un nombre à quatre chiffres, elle a compris qu’elle avait dû faire une erreur donc elle a divisé par 25. Toujours en hurlant, elle nous a indiqué que c’était la somme affichée sur sa machine que nous devions payer. Nous lui avons tendu les billets posés sur la table depuis le début et, incroyable mais vrai, la somme était celle attendue !!

Le lendemain, nous avons repris la promenade de la veille, interrompue par notre rencontre avec le professeur d’anglais.


Sur le chemin du retour nous avons découvert un petit parc où nombre de cubains s’étaient donnés rendez-vous pour jouer aux échecs, aux dames ou au dominos.

Nous avons assisté aux “matches” avec amusement jusqu’à ce qu’un septuagénaire, assis seul à une table d’échecs, nous fasse signe de le rejoindre. Après une rapide hésitation, nous avons accepté l’invitation. N’étant pas de grands joueurs d’échecs , nous nous sommes permis de jouer à deux contre un (en espérant que notre adversaire ne comprenait pas un mot de français). Et malgré tous nos efforts, nous avons perdu. Il nous a accordé une revanche. Pas plus glorieux… Puis il nous a avoué être “maestro” d’échecs, il avait plus de 60 ans d’expérience et avait déjà rencontré les plus grands dont Kasparov. Après cet aveu, il nous a fait quelques “démonstrations” de parties types, ce qui nous a rassuré sur le fait que nous n’avions aucune chance face à lui. Une fois de plus, il en est arrivé à parler de son pays et de ses difficultés. Avec beaucoup d’émotion, parfois les larmes aux yeux, il a évoqué ses craintes et ses espoirs. J’y reviendrai dans un article résumant les différents témoignages que nous avons entendus au cours de notre voyage.
Quand la pluie s’est mise à tomber, nous l’avons aidé à ranger toutes les tables de jeux dans un local à quelques rues de là puis nous nous sommes quittés avec la promesse en tête de lui faire parvenir un CD d’Aznavour en espagnol dès notre retour en France.
Le lendemain nous avons repris la route pour nous rendre à Baracoa, annoncée par beaucoup de cubains comme la plus belle région de Cuba…

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