La Sierra Maestra – Pico Turquino

Comme nous l’avait conseillé le voisin de notre hôte à Bayamo, expert en Pico Turquino, nous avons quitté la ville aux aurores afin d’être à Santo Domingo d’où partent les différentes marches, aux alentours de 7h. D’après notre expert, 30 minutes étaient amplement suffisantes pour s’y rendre mais d’expérience nous avons préféré prévoir 1h. Seul petit contretemps, il nous fallait nous arrêter à une station-service faire le plein d’essence. N’en ayant pas trouvée à la sortie de Bayamo nous avons décidé d’en prendre à la ville suivante. Sur la route, nous avons pris un jeune auto-stoppeur qui se rendait à son travail. Nous avons atteint la station-service en étant sur la réserve (le stade où la voiture ne daigne même plus indiquer le nombre de kilomètres qu’il est encore possible de faire) et là, nous nous sommes rendus compte que cette station-service, l’unique de la ville, ne proposait pas de “especial”. Il faut dire que cette essence ne concerne que les voitures récentes et donc quasiment que les voitures louées aux touristes. Moralité: toujours faire le plein dans les grandes villes. La responsable de la station-service nous a alors proposé deux solutions: retourner à Bayamo (impossible) ou aller jusqu’à Manzanillo (impossible). Une troisième solution…? Eh oui, à Cuba il y a toujours la solution “débrouille” ! Entre temps, notre auto-stoppeur qui, en tant que bon cubain, était prêt à arriver en retard au travail pour nous aider à régler ce problème, avait discuté avec un chauffeur de bus qui lui certifiait que l’une des essences proposées fonctionnerait tout aussi bien que la “especial” pour notre Aki (c’est le nom de notre voiture). Mais la responsable de la station-service refusait de nous confirmer ou de nous infirmer cette idée. Elle disait simplement qu’elle ne pouvait pas prendre la responsabilité de nous vendre cette essence. Alors finalement après réflexion, doutes, discussions et surtout du “en même temps, on n’a pas le choix”, nous sommes allés nous garer quelques mètres plus loin et notre auto-stoppeur nous a “discrètement” ramené 4L d’essence dans des bouteilles afin que nous puissions rouler jusqu’à Manzanillo. Compte-tenu du gros détour, nous n’avons atteint Santo Domingo qu’aux alentours de 10h. C’est ce que l’on appelle les aléas du voyage…

À peine garés sur le parking de la Villa Santo Domingo, le seul hébergement de la région et l’endroit où il faut se renseigner pour les différents treks, un jeune homme est venu à notre rencontre. Étant donné qu’il parlait bien anglais, nous avons facilement établi un contact avec lui. Lui, c’est Alexei. Pour rappel, nous étions plutôt partis pour faire la marche de la Comandancia, de 4 ou 5h. L’ascension du Pico Turquino, mont culminant de Cuba, nous semblant impossible tant au niveau difficulté qu’au niveau organisationnel, car le trek consiste à monter d’un côté de la montagne en un jour puis à redescendre sur l’autre versant le lendemain. Quid de la voiture ? Et bien, en moins de 10min, Alexei nous a fait changer tous nos plans ! Premier jour: repos. Deuxième jour: départ à 6h du matin pour le Pico Turquino.Troisième jour: suite et fin du trek avec arrivée à las cuevas. Et la voiture ? Nous n’avions qu’à confier les clefs à Alexei ainsi que toutes nos affaires et il nous retrouverait à la fin du trek. Tellement simple… Et cerise sur le gâteau: il nous a dégoté une casa bien plus sympa et bien moins chère que l’hôtel ! Au vu de tout cela, toi, lecteur, tu te dis “ils ne lui ont quand même pas fait confiance ? Ça sent l’arnaque à plein nez !” Eh bien si ! En tout cas au début…

Revenons à notre jour 1 dont la thématique principale était le repos, ce que nous avons respecté à la lettre. Quelques jus de fruits frais à siroter, plusieurs heures à se faire “grignoter” les pieds par des petits poissons (ceux qu’il faut payer 20€ le quart d’heure dans les centres de beauté parisiens…), l’attaque d’un crabe téméraire qui a fait peur à Franck (sans commentaire), un superbe spectacle d’un homme habitant le village voisin venu rafraîchir et laver ses chevaux dans la rivière, un peu de lessive et un bon petit dîner lors duquel nous avons rencontré un couple de voyageurs français qui nous ont quelque peu ramenés à la réalité…

Mais tout d’abord, permettez-moi une légère digression concernant le dîner: comme à chaque fois, en arrivant dans la casa, le propriétaire nous a demandé ce qui nous plairait parmi les classiques langoustes, poissons, poulet, porc… Ce dernier étant plus rare dans les propositions habituelles, nous avons opté pour le porc. “Très bon choix” d’après notre hôte. Très bon choix jusqu’à ce que nous entendions hurler l’un des pauvres cochons que nous avions croisé quelques heures plus tôt se baladant en toute innocence… Nous avons parfaitement conscience que le jambon Herta que nous mangeons en France provient d’un porc qui a subi le même sort mais nous préférons tout de même ne pas avoir la responsabilité directe de sa mort. RIP petit cochon ! Mais notre conscience a été soulagée lorsque l’on est passé à table alors que la victime était toujours embrochée au dessus du feu. Le festin était en fait destiné à notre hôte qui avait convié toute sa famille pour fêter la visite du neveu vivant aux États-Unis.

Comme annoncé quelques lignes plus tôt, nous avons rencontré deux français avec lesquels nous avons discuté. Ils nous ont expliqué qu’ils souhaitaient initialement faire le trek de Pico Turquino mais qu’infotur, l’organisateur officiel de toutes les excursions dans la région, leur avait signifié qu’il n’y avait plus de disponibilités pour les deux jours suivants… Mais alors pourquoi pouvions-nous y aller, nous ? Et qui était vraiment Alexei ? Et pourquoi n’avions-nous pas pris 5 minutes pour aller nous renseigner à infotur, la seule structure touristique du coin ?… Alexei arrivait justement pour régler les derniers détails. Nous nous sommes donc permis de lui demander quelques précisions quant à son statut et pourquoi nos compatriotes ne pouvaient pas faire le trek le lendemain. (Attention: le cubain est de nature susceptible !) Il a commencé par nous dire que son nom était dans le guide du Routard (pas de bol, nous avions le Lonely Planet) puis il a sorti sa carte officielle certifiant qu’il travaillait pour le parc national. D’après lui, infotur ne faisait que revendre des places et qu’il leur arrivait effectivement de refuser des gens malgré la disponibilité.

Lecteur, souhaites-tu faire confiance à Alexei ? Si oui, continues ce récit, sinon reprends ta voiture et passes directement à l’étape suivante, Santiago de Cuba.

Nous, nous avons choisi de lui faire confiance. Et inversement car nous n’avions pas assez d’argent pour tout payer alors nous avons convenu de lui donner la somme restante due une fois à Santiago où nous pourrions faire du change (cela dit, nous prenions tout de même plus de risque que lui qui serait en possession notre voiture…).

Après une nuit animée (le cochon à la broche, la famille au grand complet, la musique, la bière…), une douche froide à 4h du matin, Alexei nous a rejoint à 5h pour nous déposer au début du trek. Sur la route, nous nous sommes arrêtés, il a sifflé et un homme est sorti de la nuit, c’était notre guide. Et nous sommes repartis à 4. La route qui mène au début du sentier ne fait que 5km mais elle est pentue, très pentue ! Certaines portions monte à 45° ! C’est là que nous avons compris que les D1 et D2 situés sur le levier de vitesse de notre voiture automatique ne servaient pas à rien contrairement à ce que nous avait indiqué le loueur. Une fois en haut, nous avons dit adíos à Alexei puis avons attaqué la marche à la lumière de la lune. Pour ce premier jour, nous n’avions que 8km à parcourir alors nous avons bien pris notre temps. Notre guide nous a montré les différents arbres, nous a fait goûter tous les fruits rencontrés en chemin, il nous a raconté avec fierté toute l’histoire du lieu (pour rappel, il s’agit de la montagne où se sont cachés Fidel Castro et Chez Guevara durant la révolution) puis nous avons atteint le refuge à 10h.

Sur place, il y avait 2 personnes dont un cuisinier qui vivait là la moitié de l’année par tranches de 15 jours, quelle vie calme ! Nous n’avons profité de cette tranquillité que quelques heures puisqu’un groupe d’une dizaine d’Allemands nous a rejoint dans l’après-midi. Un peu plus tard, les courses pour le dîner ont été livrées à dos de mule. Après une agréable soirée et un bon repas, nous nous sommes rendus dans notre suite privée, petit privilège offert par notre guide avec lequel nous avions bien sympathisé, alors que le groupe d’allemands se partageaient un dortoir. Notre suite se composait de deux lits simples ou plutôt de deux planches de bois surélevées dont l’une avec un trou au milieu et…c’est tout. Nous avons dormi dans le même lit (celui sans trou), habillés, avec les deux couvertures l’une sur l’autre. Il peut faire vraiment froid à Cuba ! Au matin, nous avons eu la surprise de retrouver l’une de nos bananes, par terre, avec un énorme trou. C’est là que nous avons apprécié de dormir dans un “lit” surélevé, contrairement aux deux cubains qui avaient passé la nuit dans un sac de couchage, à même le sol.

Nous avons repris la marche aux premières lueurs du soleil, en compagnie de notre guide, d’une partie du groupe d’Allemands et de leur guide. Apres 5km de montée, un peu rude, nous avons atteint le sommet de Pico Turquino !

Le plus dur a été la suite, en tout cas pour moi: 12km de descente, parfois abrupte et glissante. Mes jambes en ont souffert durant les quatre jours qui ont suivi. Mais la vue dégagée sur la mer valait l’effort !

Franck a sympathisé avec le guide du groupe qui parlait parfaitement anglais (et allemand, ce qui nous a d’ailleurs fait d’abord penser qu’il était de nationalité allemande alors qu’il était en réalité cubain). Il en a profité pour discuter avec lui de la situation économique et politique de Cuba, ce qui fera l’objet d’un futur article.

Nous sommes arrivés à las Cuevas vers 14h et Alexei…

Lecteur, où penses-tu qu’Alexei se trouvait ?

1. Sur place, à nous attendre en buvant un verre avec ses amis

2. Pas là, il n’a jamais quitté Santo Domingo et il nous a fallu prendre un taxi pour nous rendre sur place régler le problème

3. En chemin, il avait du retard à cause d’un problème avec la voiture

Il faut parfois savoir faire confiance car la réponse est bien évidemment la 1.

Nous avons ensuite repris la route assez rapidement pour déposer notre guide avant la fermeture de la poste de Chivirico où il devait récupérer une roue de vélo envoyée par un ami allemand ou quelque chose comme ça car malgré l’utilisation du traducteur, nous n’avons jamais vraiment compris son histoire. Pour nous y rendre, nous avons laissé le volant à Alexei car il était le plus à même à conduire sur cette route dévastée par les ouragans de 2005 et 2008, dans le temps imparti. Certains bouts de route étaient manquants, un pont était effondré et il y avait bien évidemment des nids de poule tout le long. Nous avons atteint Chivirico à temps pour notre guide puis Alexei nous a trouvé un endroit où dormir (car il n’existe pas de casa officielle dans cette ville). D’accord, il n’y avait pas d’eau chaude, la chasse d’eau consistait en un seau d’eau et la lumière s’allumait avec les fils électriques mais ça nous convenait parfaitement. Il nous a également commandé à manger dans le seul restaurant de la ville pour être sûr qu’il n’y ait pas pénurie à notre arrivee. En resumé, il a été aux petits soins avec nous, peut-être un peu trop à notre goût… Mais quand nous avons voulu lui faire comprendre qu’il pouvait faire sa vie indépendamment de nous, il s’est vexé. Incompréhension culturelle…

Le lendemain, Franck a repris le volant, direction Santiago de Cuba. Nous avons essayé de faire une escale snorkeling à une dizaine de kilomètres de Chivirico mais la plage appartenant à un grand complexe hôtelier, cela s’est avéré impossible. Une fois à Santiago, nous avons changé de l’argent pour régler ce qui été dû à Alexei, il nous a, encore, trouvé un super hébergement puis nous lui avons dit Adíos y muchas gracias para todo.

Pico Turquino a été l’un des temps forts de notre voyage. Autant pour le trek en soi que pour les rencontres qu’il a engendrées. Nous espérons avoir des nouvelles des 2 guides qui nous ont demandé nos adresses emails. Je recommande vivement à tout voyageur souhaitant découvrir cette région de faire appel à Alexei qui est une personne de confiance et extrêmement gentille.

 

Coordonnées Alexei + tarifs trek:

Trek 2 jours (comprenant le guide, les repas et l’hébergement en refuge): 66 CUC/Pers

Transfert de la voiture de Santo Domingo à Las Cuevas: 80 CUC

Prévoir de rembourser un plein d’essence

Prévoir un pourboire pour le guide

Tel Alexei: (0053) 52.48.78.11

 

3 thoughts on “La Sierra Maestra – Pico Turquino

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  3. Ameloche Voyage

    Salut, je pars à Cuba dans moins d’un mois. Je viens de tomber sur ton article, les photos et l’histoire donne vraiment envie.
    Est ce qu’il est possible de contacter Alexis par mail avant de partir ?
    Merci en tout cas pour les infos.
    Tu dis que vous avez eu un peu froid. A quelle période tu es partie ?

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