Kimberley – Gibb River Road

UNE ROUTE MYTHIQUE

La Gibb River Road ou « route du bœuf » fut construite pour le transport du bétail depuis/vers les élevages environnants. Cette route de 660 km traverse la région du Kimberley, soi-disant l’une des dernières régions sauvages d’Australie.

Au tout début de la route, nous avons fait un arrêt à « El Questro Station », un endroit qui nous avait été fortement conseillé par le centre d’informations de Kununurra. Arrivés à l’accueil, nous sommes allés demander quelques informations sur les treks et autres activités proposées, mais apparemment, la priorité absolue était de réserver nos nuits au camping. Après avoir insisté (car ce n’est pas que nous voulions à tout prix être désagréables mais comment savoir combien de nuits nous allions rester si nous ne savions pas ce qu’il y avait à faire ?), la dame accepte de répondre à nos questions. Nous avons donc appris que la gorge où nous souhaitions faire du bateau était fermée, idem pour d’autres gorges et que pour accéder à ce qu’il restait d’ouvert, il fallait payer 20$/personne de permis valable 7 jours plus bien sûr les 20$/personne de camping. Après une réflexion relativement rapide, nous avons décidé que 80$ pour faire quelques marches dans des gorges était un peu cher payé… Et nous avons également compris que toutes les « Stations » et « Homesteads » que nous allions croiser sur notre route, fonctionnaient sur le même principe.

Pour quitter « El Questro”, il nous fallait traverser une rivière mais cela s’est avéré impossible car une jeune australienne était coincée en plein milieu avec sa petite voiture ; mais en tant que bonne australienne, elle savait qu’il fallait simplement attendre que ça sèche pour que la voiture reparte alors nous avons discuté un peu avec elle en attendant. Entre temps, la nuit était tombée, nous avons donc simplement quitté les limites du domaine et nous sommes installés dans un petit renfoncement sur le bord de la route. Il ne nous restait plus qu’à revoir tout notre planning…

 

APPRENDRE A TRAVERSER UNE RIVIERE EN 3 LECONS

Nous savions que sur la Gibb River Road, nous serions confrontés à des passages de rivières et l’expérience de Bungle Bungle (bien que nous étions en faute) ne nous avait pas laissé un très bon souvenir. Le problème se posa assez rapidement…

1/ La Pentecost River

La traversée faisait près de 50 m de large et l’eau, infestée de crocodiles, était profonde d’environ 60 cm. Voilà qui ne nous rassurait guère. Nous avions repéré un groupe d’australiens qui campaient quelques mètres avant la rivière, nous avons donc fait demi-tour et sommes allé discuter avec eux. Ils nous ont expliqué qu’ils avaient fait la traversée la veille et qu’elle était un peu difficile à cause des rochers instables dans le fond. Aïe… Après avoir longuement étudié la hauteur de la voiture, nous avoir expliqué comment sécher (autrement qu’en attendant) la fameuse pièce de la voiture qui fait qu’elle cale, ils nous ont conseillé d’attendre qu’un autre véhicule passe pour lui demander de nous assister en cas de problème. Et c’est ce que nous avons fait, nous avons attendu et attendu… jusqu’à ce qu’un pick up passe ! Il s’agissait de 2 australiens, un peu bourrus au premier abord, mais fort sympathiques une fois le masque tombé. Leur première réaction a été : « Mais pourquoi voulez-vous qu’on vous aide ? Quelle drôle d’idée ! » Mais finalement, après avoir fait une petite pause-café, ils nous ont tirés, moteur éteint, jusqu’à l’autre rive. Et quelques kilomètres plus loin, nous les avons retrouvés sur le bas-côté car ils venaient de crever ! Nous avons bien proposé nos services mais c’était plus par politesse qu’autre chose car l’australien sait changer une roue avant de savoir marcher.

 

2/ La Durack River

Plus tard, nous avons été confrontés à une nouvelle traversée de rivière, celle de la Durack River, similaire à la Pentecost River. Le souci est que nous n’avions pas été rassurés par la première puisque nous avions été tractés et nous ne savions donc toujours pas si la voiture était capable de passer cette profondeur. Alors à nouveau, nous avons attendu… Et un 4X4 est arrivé assez rapidement. Nous leur avons expliqué notre problème et cette fois, ils sont passé les premiers puis nous ont attendus de l’autre côté. Et nous sommes passés sans le moindre souci ! Sandra and Ken, Thank you for your help and for all the photos!

 

3/ La King Edward River

Cette 3e rivière se trouvait sur la route menant au Mitchell Plateau. Elle était moins large que les précédentes, certainement un tout petit peu moins profonde mais… il y avait du courant ! Et une fois de plus, nous n’avons pas fait les malins (j’espère que nos parents sont rassurés par la sagesse de nos choix). Deux jeunes femmes sont arrivées dans un énorme 4X4, nous leur avons demandé de l’aide et la réponse de la conductrice a été « Je ne veux pas faire ça à ma voiture », nous lui avons alors demandé si elle pouvait quand même nous attendre sur l’autre rive « au cas où… » et elle nous a répondu « Je ne suis pas un monstre ! » Ouf ! Elle nous a donc montré la trajectoire à effectuer car lorsqu’il y a du courant, il ne faut pas aller en ligne droite et nous sommes passés haut la main ! Avec tout de même un petit calage une fois sortis de l’eau dû au relâchement de la concentration.  « Typical » d’après notre conductrice…

Toutes les rivières ou criques qui ont suivi, nous les avons passées seuls et sans aucun souci. Merci à nos différents professeurs.

 

MITCHELL PLATEAU

Lorsque nous nous étions renseignés à Kununurra, la route pour accéder au Mitchell Plateau était fermée jusqu’à une date indéterminée mais arrivés à l’intersection de la route en question, nous avons vu des voitures en revenir et le panneau « road closed » était poussé sur le bas-côté. Après discussion avec les différentes personnes qui en venaient, nous avons appris que la route venait tout juste de rouvrir mais pas encore vraiment officiellement… Nous avons longuement hésité à y aller, nous n’arrivions tellement pas à nous décider que nous avons fini par dormir à l’intersection, il paraît que la nuit porte conseil… Le lendemain matin, nous avons choisi de tenter le coup ! Après tout, nous n’étions pas à un détour de 500 km près… Premier arrêt au bout de 60 km à Drysdale Station pour faire le plein d’essence, le tenant des lieux nous a alors briefés sur ce qui nous attendait : 6h de route dont certains passages en très mauvais état et la traversée de la fameuse King Edward River mais bon, d’après lui « ça devrait aller ». Mis à part un peu de taule ondulée, les 100 km qui ont suivi sont passés sans trop de problèmes mais là où ça s’est gâté, c’est sur les 80 derniers kilomètres : un peu de boue, beaucoup de grosses pierres, la rivière avec courant… Résultat : 3h pour les faire ! Mais le paysage était là pour compenser : au fur et à mesure que nous approchions de notre destination, nous pénétrions dans une incroyable jungle de palmiers. Et quelle joie d’arriver enfin au camping !

Le lendemain, c’était jour de trek, pour découvrir les tant attendues et méritées Mitchell Falls dont la spécificité est d’être en 3 étages. La marche nous faisait d’abord passer par les Big Mertens Falls, une spectaculaire chute d’eau d’environ 50 m de haut. Quelques kilomètres plus loin nous étions presque arrivés aux Mitchell Falls mais (il y a toujours un mais), une rivière d’environ 40 m de largeur nous en séparait ! Nous avons alors cherché un passage pour y accéder et apparemment il n’y avait que 2 choix qui s’offraient à nous : prendre l’hélicoptère (60$ pour 1 minute de vol) ou nager ! Nous avons alors vu nos amis Sandra et Ken puis notre voisin de camping revenir à tour de rôle à la nage. Ils nous ont effectivement confirmé qu’il s’agissait de l’unique solution (mis à part l’hélico) pour aller voir les chutes d’eau, alors nous avons enfilé nos maillots de bain, laissé nos sacs à dos au bord de l’eau, Franck a pris son appareil photo contre l’avis de tous, et nous avons commencé à traverser… Sur une bonne partie, nous pouvions marcher dans l’eau sur des rochers un peu glissants, puis ça descendait encore et encore… jusqu’à ne plus avoir pieds ! Franck nous a fait une démonstration de nage indienne (un remerciement tout particulier à son papa pour cet apprentissage)  avec le bras en l’air pour épargner l’appareil photo, qui est revenu intacte, et nous sommes arrivés de l’autre côté. Et le spectacle qui s’est offert à nous, nous a fait oublier tous les efforts que nous avions faits pour arriver jusque-là, les Mitchell Falls sont absolument splendides !

Après être revenus du bon côté de la rivière, nous nous sommes offert une petite pause et avons assisté à une scène qui sous ses airs comiques aurait pu tourner au drame.

Je vous décris les personnages :

Meagan, une jeune guide APT (de rien pour l’anti-pub) d’une vingtaine d’année

Un couple de quarantenaires, pas particulièrement sportifs

Une trentenaire, à l’âme de leader

Voici l’histoire :

Meagan était chargée d’accompagner un groupe de 3 personnes de l’autre côté de la rivière. Habituellement, elle prend un passage qui ne demande qu’à mettre les pieds dans l’eau mais ce jour-là, il y avait trop d’eau. Elle a donc expliqué le problème à ses touristes qui, bien sûr, n’ont pas accepté de se résigner, ils avaient payé ! S’en est alors suivi une rébellion des touristes, avec en tête la trentenaire inconsciente, contre la pauvre Meagan et là, plus aucune communication entre eux n’était possible. Lorsque nous avons croisés les 3 touristes, nous leur avons expliqué comment traverser (et nous avons bien précisé qu’il s’agissait de l’unique accès) mais apparemment, il était très important pour eux de prendre leurs sacs à dos et donc de ne pas nager. Alors la leader a décrété qu’il était temps de se lancer ! Elle est partie la première, a fini par glisser d’un rocher et s’est faite emporter par le courant. Heureusement pour elle, elle a réussi à se rattraper et est partie faire sa vie laissant les autres se débrouiller. Et nous ne saurons jamais si son appareil photo a survécu à ce petit plongeon… Pour ce qui est du couple, la femme était très en colère mais vraiment pas contente et la colère n’a jamais mené à des choses très constructives… Elle avançait, sans trop savoir par où passer, espérant certainement qu’à un moment donné les eaux s’ouvriraient devant elle, mais le miracle ne fut pas et elle finit par revenir sur la rive, laborieusement, suivie de près par son mari un peu penaud. Et Meagan, avec son sac à dos de 20 kg était tout simplement tétaniser sur un rocher au milieu de l’eau. Voyant son désarroi, nous n’avons pu la laisser ainsi, Franck est donc retourné dans l’eau pour l’aider à sortir de la rivière. Elle a alors fondu en larmes et nous a raconté toute l’histoire. Nous avons essayé de lui faire comprendre que ce n’était pas de sa faute et qu’il était impossible de traverser avec les sacs mais elle semblait vraiment inquiète pour son boulot, mais ça, ce n’était pas notre problème…

En tout cas, on peut dire bravo à APT, l’un des principaux organisateurs de voyages touristiques en Australie, qui n’était pas au courant que la rivière était trop haute pour la traverser en marchant au mois d’avril. Très pro !

Le lendemain, il ne nous restait plus qu’à faire 6h de route retour pour avancer dans notre périple.

 

 

PARCS NATIONAUX

Sur la dernière partie de la Gibb River Road, nous nous sommes arrêtés à différentes gorges telles que Adcock ou Galvans gorges et en avons profité pour faire de petites baignades rafraîchissantes. La plus belle d’entre elles était censée être Bell Gorge dans le King Leopold National Park mais tout le parc était fermé. Alors, nous nous sommes rendus au Widjana National Park où nous avons effectué une marche dans une splendide gorge et surtout, nous avons pu rencontrer nos premiers « freshies » (crocodiles d’eau douce) et avons même pu nous en approcher à seulement quelques mètres.

Nous souhaitions également aller à Geckie Gorge mais lorsque nous nous sommes rendus compte qu’il était impossible de dormir sur place, nous avons préféré prendre un peu d’avance sur les kilomètres qui nous séparés de la côte.

 

En conclusion, notre road trip sur la Gibb River Road ne s’est pas du tout passé comme prévu. Nous avons été plutôt déçus par la route et le paysage qui l’entoure qui ne sont pas si exceptionnels qu’on le dit et par tous les points d’intérêt « classiques » qui sont hors de prix mais nous avons adoré Mitchell Plateau et Widjana, nous avons appris à traverser une rivière sans encombre et avons fait de très belles rencontres. Et nous avons tout de même sauvé une guide APT et contribué au sauvetage d’un 4X4 ensablé au milieu d’une rivière !

 

2 thoughts on “Kimberley – Gibb River Road

  1. LSK

    Hey, finalement vous auriez peut être mieux fait d’acheter un bateau.

    Je reviens sur le “j’espère que nos parents sont rassurés par la sagesse de nos choix”… vos parents ne sont pas dupes, ils se doutent bien que vous allez pas leur raconter les vrais danger de l’outback australien.

    Et puis quand il s’agit de raconter comment vous avez sauvé une guide australienne apeurée, la, y’a du monde mais en ce qui concerne les 20 kilos de crack que vous convoyez dans le faux plancher de votre van, suite à une dette de jeu contracter avec la mafia aborigène… plus personne. Alors je dis un grand bravo.

    Nan sans dec, soyez cool, ramenez moi un australien, ça a l’air hyper utile… et puis non une australienne c’est encore mieux :)

    See Ya.

    1. Sandra

      Merci d’avoir dévoilé notre planque sous le plancher ! C’était notre meilleur argument de vente !
      Pour ce qui est de l’australienne, nous allons commencer nos recherches. T’en veux une qui surfe ? qui maîtrise le 4X4 ? qui excelle dans la chasse au kangourou ? N’hésite pas à nous donner une description précise, on fera de notre mieux…

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