Baracoa et sa région

Ah Baracoa ! L’Eldorado selon la plupart des cubains. Nous l’attendions, nous la rêvions mais ne l’idéalisions-nous pas ?

Pour nous y rendre, nous avons traversé la ville de Guantánamo qui, a priori, de présentait aucun intérêt touristique. Et que l’on se rassure, les hommes en tenue orange ne se promènent pas dans toutes les rues.

Ensuite nous avons emprunté la route de montagne appelée la Farola. Cette route sinueuse nous a offert tout au long des kilomètres de splendides panoramas sur la Sierra Maestria. Plusieurs zones sont d’ailleurs aménagées pour garer sa voiture et jouir du paysage mais attention, s’arrêter c’est accepter que les campesinos (paysans) se ruent par dizaines sur vous pour vous vendre des oranges, des barres chocolatées de la région, des bananes, des bracelets de coquilles d’escargots appelés polymitas et surtout les fameux cucuruchos faits à base de noix de coco râpée et divers fruits moulus, sucre et miel, emballés dans un feuille de palmier en forme de cône. Au premier arrêt, lorsque plusieurs hommes nous ont présenté leurs produits, nous avons décidé d’acheter un peu de tout sauf les bracelets car le trafic de polymitas est interdit, ces escargots sont devenus très rares en raison de la chasse intensive dont ils font l’objet. Le chocolat était plutôt bon mais a malheureusement fondu rapidement compte-tenu de la chaleur ambiante et les cucuruchos auraient été tout aussi appréciables si nous n’avions pas mangé durant les trois précédents jours…

À l’entrée de la ville de Baracoa nous avons, comme dans chaque ville, été suivis par un jinitero à vélo mais avec un peu de fermeté, nous avons réussi à le décourager.

Fidèles à nos habitudes, nous nous sommes rendus à l’adresse de la casa qu’Armando nous avait conseillée. Les gérants étaient absents et une voisine nous a indiqué qu’ils ne seraient de retour qu’en milieu d’après-midi. Nous avons donc décidé d’aller déjeuner et d’aviser par la suite. Nous avons opté pour un restaurant en terrasse qui proposait des sandwiches et des pizzas. A la fin de notre repas, nous avons fait une rencontre surprenante: Punki de Baracoa ! Ce n’est pas le surnom que nous lui avons donné mais bien la façon dont il s’est presenté. Il m’est difficile de décrire ce personnage: marginal, c’est indéniable, gentil, je n’en doute pas, collant, c’est le problème ! Notre libération nous a finalement coûté une bière.

Il était alors trop tôt pour aller à la casa, trop tard pour visiter la région et la ville ne présentait guère de grand intérêt alors Franck a eu la bonne idée l’idée d’aller à playa Maguana, une plage située à une trentaine de kilomètres de là. Comme nous n’avions ni plan ni GPS, nous avons demandé le chemin à plusieurs habitants. Certains nous ont dit “muy lejo” (très loin) et d’autre “solamente veinte kilometros” (à peine 20km). Et pour la direction, c’était quelque chose du genre “tout droit puis au 5e croisement à gauche puis au 2e croisement à droite puis toujours tout droit jusqu’à la rue qui descend qui est fermée pour cause de travaux donc qu’il faut contourner par la droite”. Et je ne parle pas des jeunes qui nous ont volontairement raconté n’importe quoi parce que nous avions refusé de les prendre en stop…

Après une grosse demi-heure à tourner dans la ville, nous avons fini par trouver la route qui menait à la plage et c’est là que nous avons compris que le “muy lejo” ne faisait pas référence à la distance mais au temps que nous allions mettre pour parcourir cette “route” totalement défoncée !

Après plusieurs hésitations à faire demi-tour, nous avons finalement atteint la plage une demi-heure avant le coucher du soleil. Un peu tard (et un peu froid) pour en profiter. Mais le principal problème était de savoir où dormir car refaire la route en sens inverse, de nuit, n’était pas envisageable. Notre bonne étoile nous a envoyé un jeune homme qui nous a proposé de passer la nuit dans une casa qui venait tout juste d’ouvrir. La seule et unique alternative à l’hôtel. Nous avons alors pu profiter sereinement du coucher de soleil, le jeune homme nous a même montré une charmante petite plage isolée avant de nous accompagner à la casa.

La casa était tenue par un adorable couple. Nous étions leurs deuxièmes clients. La femme s’est fait un plaisir de nous montrer comment elle préparait les fameuses “chips de bananes” puis pendant notre repas, le mari est venu discuter avec nous et a, une fois de plus, évoqué les problèmes de son pays.

Le lendemain matin, juste avant notre départ, la femme m’a fait remarquer, avec une pointe d’envie, que je sentais vraiment bon. Sur chacun de ses poignets, je lui ai fais sentir les deux miniatures de parfum que j’avais emmenées (elle n’a d’ailleurs pas vraiment compris pourquoi je lui vaporisais les poignets…). En voyant son regard rempli d’étoiles, j’ai décidé de lui offrir l’une des miniatures. Elle a alors couru chez elle pour faire sentir à son fils et à son mari, nous l’entendions encore rigoler dix minutes après !

Le lendemain, puisque nous étions à Playa Maguana, le plus logique était d’aller visiter le Parque Alejandro Humboldt à une demi-heure de route, à l’opposé de Baracoa. Nous y avons fait une marche, le Balcón de Iberia, d’une dizaine de kilomètres à travers la forêt primaire et les terres agricoles. À l’allée, nous avons traversé quelques rivières peu profondes pieds nus mais au retour, notre guide nous a proposé de monter à bord d’une charrette tirée par deux buffles massifs. Attention à bien se tenir ! Pour nous remettre de nos émotions, nous sommes allés déjeuner chez l’habitant. Au menu: de l’oiseau ! Le tout est de se convaincre que c’est comme du poulet mais en plus petit… Pour faire le dernier kilomètre nous séparant de notre voiture, nous avons profité du bus local c’est-à-dire un vieux camion russe dans lequel tous les passagers montent dans la benne.

Nous sommes ensuite repartis à Baracoa pour y passer la nuit. La casa que nous souhaitions n’étant pas disponible, nous en avons finalement trouvé une autre au hasard des rues. Le jour où nous sommes arrivés, la famille préparait le sapin de Noël (en plastique), en T-shirts. Nous avons essayé de leur raconter qu’en France, à cette période, il y avait souvent de la neige mais ne sachant pas dire neige en espagnol, le mime de ce phénomène si abstrait pour des cubains s’est avéré assez compliqué…

Le soir nous souhaitions aller au restaurant. Nous avons finalement opté pour une pizzeria, restaurant d’État, dans lequel il y avait de nombreux cubains. L’endroit était particulièrement austère, comme le sont souvent les restaurants d’États, les nappes sales et le serveur avait un bout de nourriture collé sur la joue… Ne dit-on pas qu’il ne faut pas se fier aux apparences ? Notre serveur, fort peu aimable, soit dit en passant, nous a alors annoncé que nous avions le choix entre une pizza Margherita et des spaghetti à la sauce tomate. Effectivement, à partir de deux plats sur la carte, on peut parler de choix. Nous avons choisi les pâtes. Dans nos assiettes: des spaghetti beaucoup trop cuites, une sauce tomate en conserve bas de gamme et du fromage râpé des plus immondes ! Personnellement, ce paroxysme de la médiocrité m’a plutôt fait rire mais bizarrement, Franck avait envie de balancer son assiette dans la tête du serveur…

Le lendemain, nous nous sommes rendus à Boca de Yumurí, à l’embouchure du rio Yumurí. Sur les derniers kilomètres avant d’arriver à destination, plusieurs hommes étaient sur le bord de la route. Ils se prétendaient guides officiels et souhaitaient nous accompagner. Nous avons préféré décliner les invitations et attendre d’arriver à destination pour aviser.

L’activité que font tous les touristes dans la région, c’est de prendre une barque moyennant 2CUC/pers, qui vous dépose sur une petite île sur laquelle il est possible de marcher un peu pour admirer les parois rocheuses de la gorge ainsi que l’entrée d’une grotte puis de revenir sur la terre ferme. Et c’est bien ce que nous avions l’intention de faire. C’est d’ailleurs pour cette raison que j’avais sorti ma robe des jours sans trek. Mais rien ne se passe jamais comme prévu ! En discutant avec les guides (dont celui que nous avions un peu envoyé balader quelques temps plus tôt, sur le bord de la route), nous avons appris que l’excursion avec la barque ne prenait qu’une dizaine de minutes. Un peu déçus, nous les avons questionnés sur d’autres activités envisageables dans la région. Le guide, semble-t-il peu rancunier, nous a alors proposé une petite marche de quelques kilomètres passant au-dessus du canyon et finissant avec la barque sur la rivière. Heureusement que nous avions laissé nos chaussures de marche dans la voiture (ndlr: robe + chaussures de marche = la tendance printemps/été 2014…).

Nous voilà donc partis pour ce qui devait être une promenade de santé et qui c’est révélée être l’un des treks les plus difficiles que l’on n’est jamais fait ! D’abord il n’y avait absolument aucune signalisation et il était même parfois difficile de déceler les chemins. Nous étions donc ravis d’être en compagnie de notre guide. Ensuite, les descentes, très pentues, étaient extrêmement boueuses. Nous avons tous, le guide inclus, failli nous casser la figure au moins une fois. Et enfin, il nous a fallu traverser deux rivières boueuses avec de l’eau jusqu’à la poitrine. Sans oublier la petite touche finale: nous avons marché pieds nus sur des petits cailloux qui se plantaient sous la voûte plantaire jusqu’à rejoindre la barque. Une fois à bord, c’en était fini des efforts pour nous mais pas pour notre guide. Il a déposé ses vêtements dans la barque puis est retourné sur la terre ferme à la nage. Pourquoi ? Pas parce qu’il n’avait pas payé sa place dans la barque. Nous avons proposé de lui payer. Pas parce qu’il y a un poids limite dans la barque. Les touristes peuvent embarquer à quatre s’ils le souhaitent. Mais parce que les chiefs, comme ils les appellent, leur interdisent ! N’est-ce pas une forme d’humiliation ? Les chiefs, quant à eux, se tenaient sur le pont à s’assurer que tout soit en ordre.

Une fois sur la terre ferme, notre guide nous a gentiment proposé de venir chez lui pour nous nettoyer un peu. Il a également essayé de me convaincre de lui offrir mes chaussures, tout comme celui qui avait “surveillé” la voiture a voulu que nous lui offrions nos kits de snorkeling. Ces cubains n’ont donc aucune notion de la valeur des choses !

Sur la route du retour, nous avons fait escale sur une plage de sable noir. Nous avons plus pris l’eau de pluie que l’eau de mer mais c’était tout de même un très bel endroit.

Le lendemain, sur la route de Holguín, nous nous sommes de nouveau rendus au Parque Alejandro Humboldt pour faire le circuit de “la Bahia de Taco, un tour en bateau – doté d’un moteur non nuisible aux lamentins, spécialement conçu par les scientifiques de la région – dans la mangrove et la baie”, dixit Lonely Planet. En fait, le bateau en question était une barque. Notre guide et rameur n’était pas très loquace mais c’était vraiment joli.

La région de Baracoa mérite sa réputation, elle est l’une des plus jolies de Cuba.

 

Nous avons ensuite repris la route en direction de Holguín.

 

One thought on “Baracoa et sa région

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