Askja et Kverkfjöll

Avant d’attaquer la région de Askja, nous préférons faire le plein d’essence. Les kilomètres risquent d’être nombreux avant le retour à la civilisation et le réservoir de Suzette n’est que de 40 L. Franck a lu sur un blog, avant de partir, qu’il existait une pompe dans la localité de Adhalból. Ça tombe bien, c’est sur notre chemin. Une fois sur place, nous constatons que Adhalból est en réalité un “bled” de 3 maisons et 1 ferme, apparemment laissé à l’abandon. Des manteaux et des chaussures dans l’entrée de l’une des maisons qui, semble-t-il, fait aussi camping, attendent le retour de leurs propriétaires. Du fumier déborde du grenier de la ferme. Il y a bien une pompe sur le bord de la route mais rien n’indique qu’elle soit en fonctionnement. Nous tentons quand même de taper à quelques portes mais il n’y a pas âme qui vive.

Par sécurité, nous décidons de faire un aller-retour de 60 km pour prendre de l’essence à Skjöldólfsstadhir.

Nous voilà fin prêts à affronter les pistes de la région d’Askja.

La F910 traverse d’incroyables paysages désertiques. Elle ne présente aucune difficulté. Il y a 3 passages de rivières, mes premiers en tant que conductrice. Seul l’un se montre récalcitrant mais une petite marche arrière et une nouvelle tentative avec un peu plus d’élan permet de la passer sans mal.

 

En fin de journée, nous arrivons à l’intersection où il faut choisir entre prendre la direction du camping d’Askja ou celle du camping de Kverkfjöll. Alors que nous avons le nez dans le guide, une Ranger sort de son 4×4 et vient à notre rencontre. Étant donné l’heure tardive, elle nous conseille Askja qui nécessite un temps de route plus court de Kverkfjöll.

D’autre part, elle nous demande si nous sommes au courant des risques sismiques dans la région. Bien sûr que non ! Elle nous explique que des mouvements de lave ont été détectés et qu’il vaut mieux se renseigner avant de partir en trek ou d’emprunter une route mais que ce genre d’alerte est très fréquent en Islande et qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Nous apprendrons que 300 touristes ont été évacués de la région en pleine nuit et que toutes les routes ont été fermées 2 jours après notre départ…

 

Une fois au refuge de Dreki, nous restons un peu dans la voiture pour prendre l’apéro au chaud. Nous savons que la région est l’une des plus froides d’Islande, ce qui nous fait hésiter à poser la tente. Lorsque des flocons de neige givrée se mettent à tomber, nous décidons de passer la nuit dans la voiture. Il y aura tout de même plus courageux que nous : 3 italiens et 1 cycliste que nous avons doublé un peu plus tôt dans la journée, affronteront la nuit froide sous leurs tentes.

L’intérêt d’un camping ou d’un refuge est que l’on peut bénéficier des parties communes et, ce soir-là, la cuisine chauffée est plus que bienvenue. D’autant plus que le guide d’un groupe de Français nous offre gentiment du quinoa (proposition que Franck a d’abord refusé pensant qu’il s’agissait d’un alcool fort).

Après une nuit bien au chaud, nous décidons de bénéficier des douches. 400 ISK = 4 min d’eau chaude. N’importe quelle fille sera d’accord avec moi, en 4 minutes il est totalement impossible de se laver entièrement, lavage et rinçage des cheveux inclus. Donc pour optimiser, nous partageons la douche : 8 min d’eau chaude à 2 est plus intéressant que 2 x 4 min. Mais alors que nous sommes déshabillés, prêts à mettre le pied dans la douche, nous nous rendons compte que le système ne fonctionne pas, il n’y a plus qu’à se rhabiller pour aller voir la Ranger. Plutôt que de se compliquer la vie à le réparer, elle préfère directement débloquer le système. Quel luxe : eau chaude à volonté !

Bien propres et bien réchauffés, il ne nous reste plus qu’à conquérir l’Askja. Franck ayant (encore) lu un blog d’un certain Régis qui s’est perdu dans cette montagne et a vu toute sa vie défiler, nous préparons un sac à dos bien rempli : trousse de secours, paires de chaussettes de rechange, gants, moufles, écharpe, gâteaux, bananes, eau… et nous partons ! Le 1er piquet est juste à la sortie du camping, nous le suivons. Après 20 minutes de marche dans la “gorge du dragon”, nous arrivons à une jolie cascade mais le problème est que le trek semble s’arrêter là. Nous étudions toutes les éventualités même celle de remonter la chute d’eau mais rien. Nous rebroussons chemin comprenant que nous n’avons pas suivi les bons piquets. On ne se refait pas…

 

De retour au camping, Franck en profite pour récupérer son zoom qu’il avait oublié puis nous entamons le vrai trek qui était clairement indiqué par des panneaux. Askja, nous voilà !

La marche commence par une bonne montée mais ne présente aucune réelle difficulté. Rapidement nous croisons des petites zones enneigées que nous évitons pour ne pas que nos chaussures prennent l’eau. Au bout de quelques kilomètres, ce sont les zones de terre qui se font rares, nous marchons dans 20 cm de neige. Les piquets, bien que jaunes au bout, deviennent difficiles à identifier car ils ne dépassent parfois que de quelques centimètres de la neige. Heureusement que nous avons le tracé sur le GPS (merci monsieur le réceptionniste de l’hôtel de Reykjavík). À mi-parcours, nous apercevons un homme qui descend de la montagne face à nous. Vu son équipement, il semble être un alpiniste averti. Étant la seule personne que nous croisons depuis plusieurs heures, nous le saluons et tentons d’échanger quelques paroles. Mais il ne parle pas un mot d’anglais. Nous comprenons simplement qu’il est Suisse. Nous reprenons notre marche. L’homme repart finalement dans la même direction que nous et nous double rapidement avec ses “supers chaussures spéciales neige”. Il nous explique tant bien que mal que sa voiture est garée au parking et qu’il doit donc revenir sur ses pas. Quant à nous, nous avons bon espoir de trouver une âme charitable qui nous prendra en stop pour nous ramener au camping. Il va vite mais se retourne souvent. Garderait-il un œil sur nous ?  Après cette splendide marche durant laquelle nous avons pu observer le Herdhubreidh, ” la Reine des montagnes” puis être éblouis par le lac bleu saphir d’Öskjuvatn, dans lequel un pan de la falaise est tombé il y a à peine 3 semaines , provoquant un “tsunami”, le trek se termine au niveau du cratère Víti qui s’est créé durant l’éruption de 1875 et qui est rempli d’un lac géothermique. C’est ici que tous les touristes se rendent. Le lac est très beau mais quel dommage que tant de personnes aient fait autant de kilomètres pour se limiter à cela et ne pas jouir des incroyables paysages qu’il nous a été possible de découvrir en quelques heures de marche.

 

Sur le chemin qui mène au parking (à 20 minutes de Víti), nous retrouvons notre ami Suisse. Décidément c’est étrange, il nous avait largement distancés… Presque arrivés, nous nous permettons de lui demander s’il peut nous raccompagner au camping. Il accepte volontiers. Pour être sympathique, Franck essaie de lui faire un peu la conversation…en allemand ! Une catastrophe ! Une fois sur le parking, nous comprenons que sa “voiture” est un ancien camion militaire, un monstre à 6 roues. Il prend le temps d’aménager l’arrière pour que je puisse m’y installer. L’homme étant un peu étrange, le véhicule un peu austère, je repère à l’arrière tout ce qui pourrait servir en tant qu’arme de défense, mais ça ne servira à rien puisqu’il nous ramènera comme convenu à notre voiture. Je pense même qu’il nous a attendu depuis le moment où nous l’avons rencontré. Trop de gentillesse paraît toujours suspect…

 

Une fois au camping, nous ne tardons pas à prendre le chemin de Kverkfjöll, plus de 2 h de route nous attendent. Nous empruntons la F903 et sa jolie oasis fleurie en plein désert. Pour le retour, nous prendrons la F902.

 

Une fois à Kverkfjöll, c’est le même scénario qu’à Askja : dîner au chaud dans le refuge de Sigurdharskáli (avec pour animation, une série de diapositives sur l’Islande) et nuit dans la voiture.

Le lendemain matin, c’est enfin le jour qui doit justifier l’achat des crampons à Reykjavík. Dans un premier temps, nous prenons le temps de découvrir une grotte glaciaire mais, uniquement de l’extérieur car il y a de réels risques de chutes de blocs de glace.

Ensuite, nous partons en quête d’une langue glaciaire du Vatnajökull, le Kverkjökull, sur laquelle il est possible de marcher sans risque. Nous savons que le pont qui permet de traverser la rivière pour y accéder a été détruit en 2013 par une montée des eaux (alors qu’il avait été construit quelques mois plus tôt). Une fois sur place, nous constatons qu’il est assez aisé de la traverser à l’aide de grosses pierres, par contre, nous ne trouvons pas vraiment la zone où il est possible de monter sur le glacier. Après plus d’une heure de recherche, la sagesse nous invite à abandonner. Pour “rentabiliser” l’achat des crampons, Franck fait quand même quelques pas sur une pente enneigée et glissante mais qui n’a certainement rien à voir avec le lieu que nous cherchons. Pour une fois, nous aurions dû participer à une excursion organisée.

 

Par manque d’essence et comme la F88 est fermée, nous repartons par la F910 puis la F905 pour déboucher sur Mödhrudalur où une pompe à essence cachée dans une sorte de chalet nous attend. Le hasard fait que nous y rencontrons notre ami Suisse.

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